fr   en

Conviction

7 mai 2012 Posted by Bruno

 


Vers la recherche d'efficacité


Les intérêts de l'apprenant et ceux de l'enseignement ne coïncident en tout point. Certains points de désaccords sont plus dérangeants que d’autre. Le plus gênant à mes yeux est le différent point de vue sur l’efficacité. On m’excusera de présenter grossièrement les choses, mais un enseignant cherche à optimiser la transmission de son cours tandis qu’un apprenant cherche à optimiser son apprentissage en général. Les recherches actuelles visant directement ou indirectement à améliorer l’éducation portent essentiellement sur la première composante (optimiser une transmission)(*).

Notons aussi qu’un ingrédient essentiel pour l’efficacité est la libre pensée. Potentiellement problématique pour toute institution dans la mesure où l'autonomie et l'esprit critique est parfois synonyme de conflit avec les règles établies. Aucune institution qui a de l’intérêt à conserver une forme d’autorité (même légère et diffuse) n’a d’intérêt à trop promouvoir le « pensez par vous-même ».
Pourtant le but de l’éducation étant d’enrichir plus que d’appauvrir l’esprit, rendre l'apprenant efficace doit être une priorité, car c'est toute sa vie qu'il aura des choses à apprendre.

Ainsi, au nom même de l'éducation, on ne peut donner raison qu'à l'apprenant qui cherche à devenir plus efficace le plus indépendamment possible des matières enseignées.
Au nom même de l'éducation, il faut construire et cultiver un ensemble de techniques. Cet arsenal de méthode pourra alors suivre l’apprenant dans sa scolarité et en dehors.
Au nom même de l'éducation, il faut établir le court-circuit qui permettra à l’apprenant de construire sa boite-à-outils sans rien attendre de l’institution. Car - et je souhaite me tromper sur ce point - sa structure, son inertie, et même ses intérêts sont autant de frein pour l’efficacité personnelle.

C’est pour cette raison qu’il faut donner une véritable vie à « l’apprendre à apprendre ». Une vraie vie, cela signifie aussi qu’elle est plus qu’un corpus de méthodes mais un état d’esprit qui place la recherche d’efficacité comme une valeur à part entière.
Il ne faut pas non plus se reposer complètement sur ce que j’appelle les vendeurs de méthodes pour lesquels "l'apprendre à apprendre" est l'expression gadget qui fait vendre. Beaucoup s’enterrent dans des arguments suspects sur le fonctionnement du cerveau, et s’avèrent dogmatiques lorsqu’ils parlent de technique ultime qu’il faut suivre à la lettre.
L'efficacité est dans la libre pensée, pas dans le dogmatisme. Il ne s'agit pas de leur faire un procès, mais simplement garder en tête que les "vendeurs de méthodes" sont économiquement contraints à convaincre.Il y a un point sur lequel on ne peut donner tort aux vendeurs de méthodes : Il faut aussi garder en tête qu'en plus de couter du temps et de l'energie, il faut accepter de se plier à des règles qui ne sont pas les siennes avant de pouvoir les modifier.
Paradoxalement, la capacité à savoir courber l'échine temporairement est une condition fondamentale de l'émancipation.


une concretisation


Ces convictions font que j’aime particulièrement les Study-softwares. XMind et Anki, pour ne citer qu’eux, sont de véritables perles. Ce sont des outils qu’on emporte chez soi et qu’on peut garder toute sa vie. J’insiste sur le fait que ce ne sont que des outils, l’important réside dans les méthodes qui fleurissent et se cultivent à l'aide de ces outils. J’ai évidemment une affection plus forte pour XMind, qui permet une réappropriation de l’information, ce qui est aussi utile à des fins tout autre que l'apprentissage. Anki, au contraire, est très efficace mais n’invite pas à dépasser le stade du rat des behavioristes. Voilà pourquoi l’export [Xmind→Anki] me tenait très à cœur. J'espère aussi que cela conduise certains mappeurs aux SRS et vice et versa.
L’usage dogmatique du numérique constitue aussi un piège, j’invite l'apprenant à ne pas s’y enfermer et à s’intéresser aussi à l’usage d’autres méthodes. Je suis fortement redevable pour ma part à la méthode des feedbacks décrites dans le livre « comment travailler plus efficacement » [Nathan]. Je vous invite aussi à vous pencher sur les méthodes des mnémonistes (comme la méthode des lieux), même si il faut souvent faire un effort d’adaptation pour les utiliser autrement que pour apprendre des listes d’items (comme le vocabulaire). Certains enseignants sont très attachés à fournir des méthodes et des outils que l'apprenant garde sur le long terme, ils ont toute ma sympathie et ne sont bien sur pas concernés par mes critiques plus haut. Il me semble qu'utiliser les cartes mentales ainsi que les logiciels de répétitions espacées (mieux encore une approche conjuguée) peut constituer un excellent support de cours et en même temps initier l'apprenant à ces study-softwares. En effet mon application peut permettre d'intégrer un fichier Anki dans une carte XMind, ce qui permet à l'enseignant de disposer de supports de cours de qualité qui contiennent leurs propres programmes de révision.

(*)
On peut avancer plusieurs hypothèses pour expliquer ce constat, celle qui me semble la plus pertinente est la suivante : il est très difficile de prouver l'efficacité "générale" d'un outil . Pour donner un exemple il peut être démontré que la présentation d'un cours d'une certaine manière est plus efficace qu'une autre, mais il est très difficile de montrer qu’une méthode générale pour l’apprentissage est efficace car :
- On a souvent besoin d’une phase d’entraînement, parfois longue.
- Certains effets sont difficilement contrôlables (motivation/démotivation, effet de nouveauté etc…)
- Il est difficile de montrer qu’une méthode est efficace sur différents domaines sans étudier tour à tour ces différents domaines.
Ces contraintes rendent les études des méthodes difficiles, couteuses et souvent peu convaincantes, en bref, d’un faible rendement scientifique.